Discours à l'occasion de la fête nationale suisse

Publié le

 

Mesdames, Messieurs,

Chers compatriotes,

Quelle joie et quel honneur de partager avec vous cette soirée du 1er août. De vivre à vos côtés cet instant solennel et convivial de notre fête nationale.

Merci aux organisateurs de m’y avoir convié.

J’adresse un grand et cordial salut à vous toutes et à vous tous, Valaisans, Confédérés, Résidents et Hôtes.

Une mention spéciale aux enfants. Je garde aussi le souvenir intact de ces cortèges aux lampions de ma jeunesse : mes premières émotions patriotiques !

Salut à Massongex, commune carrefour aux confins des districts de St-Maurice et de Monthey. A la fois sentinelle du Chablais et avant-poste du Bas-Valais savoyard. Massongex, vieille terre de civilisation romaine.

La commune est le pilier de notre démocratie. Elle contribue grandement à forger notre identité, laquelle doit être sans cesse cultivée. C’est d’ailleurs une des raisons d’être du 1er août.

En effet, il n’est pas inutile, au moins une fois l’an, de s’arrêter un moment et de réfléchir ensemble au sens profond de l’idée de patrie : cette maison commune dans laquelle chacune et chacun a son importance.

Car la patrie ne peut se concevoir que comme un élément d’unité et de raffermissement du sentiment d’appartenance. Et non comme un exercice d’embrigadement et de rejet. « Le patriotisme, c'est aimer son pays; le nationalisme, c'est détester celui des autres", disait fort justement le général de Gaulle.

 

Mes chers compatriotes,

La Suisse, ce n’est pas qu’un territoire ou une superficie. C’est avant tout une idée. Une certaine idée de la démocratie, de la justice et de la liberté.

Une certaine idée de la démocratie :

Constitutive de notre identité, de notre façon d’être. Nous sommes Suisses parce que citoyens. Il faut mesurer la chance que nous avons de pouvoir tout simplement exprimer notre avis. Donner notre opinion. Emettre un choix, de personnes ou de projets. Aujourd’hui encore, dans le monde, beaucoup subissent la persécution ou la prison pour le seul crime de vouloir la démocratie.

Une certaine idée de la justice ensuite :

Dans notre pays, la loi exprime vraiment la volonté générale, puisque le peuple est associé étroitement à son élaboration. Nous savons que le maintien du pacte social dépend de l’observance par le plus grand nombre de la loi. Loi, qui nous rend libres et nous protège. La justice suppose l’égalité des chances et la symétrie des sacrifices.

Une certaine idée de la liberté enfin :

La démocratie est la patrie des femmes et des hommes libres. Elle ne s’épanouit vraiment que dans la liberté. Laquelle ne doit pas être réservée à une poignée, une élite, mais étendue à la multitude. Sinon elle devient privilège.

 

Mes chers compatriotes,

Notre démocratie suisse est inachevée, imparfaite. Des inégalités persistent. Mais, quel chemin parcouru ces derniers cent ans, notamment sur le plan économique et social.

Quelques chiffres pour illustrer cette évolution.

En 1910, la population était de 3,75 millions ; aujourd’hui plus du double.

Les ménages d’une ou de deux personnes représentaient le ¼ des ménages ; aujourd’hui plus des 2/3 !

La part des adolescents de moins de 15 ans s’élevait à plus du 1/3 de la population ; aujourd’hui, seulement à 15 %. C’est dire l’ampleur des mouvements et des évolutions démographiques.

 

Les personnes nées dans la commune où elles habitent formaient plus des 2/3 des habitants il y a un siècle ; aujourd’hui, moins d’un tiers ! C’est dire l’accroissement formidable de la mobilité.

 

Le PIB réel par habitant était de Fr. 13'000.- avant la Première Guerre mondiale ; il est cinq fois plus élevé aujourd’hui, avec Fr. 65'000.-.

Si l’on prend en compte l’IDH (l’indice de développement humain) qui intègre l’espérance de vie et le niveau scolaire, la hausse est encore plus marquée. C’est dire la forte progression de notre prospérité.

 

 

Ce progrès, nous le devons à la « savante ingéniosité » des hommes, pour reprendre l’expression de Jacqueline de Romilly, de l’Académie française.

Mais également aux efforts et au travail acharné des générations qui nous ont précédés. A l’apport inestimable aussi de centaines de milliers d’étrangers.

La  prospérité n’est jamais acquise pour l’éternité. Elle requiert une application et un engagement de tous les instants.

Les violentes convulsions financières de ces dernières années, qui n’ont pas épargné notre pays, sont là pour nous rappeler la nécessité d’une « vigilance scrupuleuse », selon le mot d’Adam Smith, le père du libéralisme.

 

Cinq dangers guettent notre patrie, et notre devoir est de les prévenir.

 

Le délitement institutionnel. Des signes montrent que le mal est avancé : campagne électorale permanente, absence de véritable confiance entre les partis gouvernementaux. L’antidote : l’engagement politique. Un pays dans lequel le citoyen s’implique constitue la meilleure des préventions contre les aventures et les dérives.

 

La tentation inégalitaire. Une certaine pensée veut nous faire croire que la justice sociale serait un frein au progrès alors qu’il en est la condition. La Suisse connaît la « paix du travail ». Il lui faut découvrir les bienfaits de la « paix des retraites ». En associant plus étroitement les partenaires sociaux aux décisions nécessaires, destinées à renforcer le financement et la sécurité du premier et du deuxième pilier.

 

Le risque du repli identitaire. Robinson Crusoé sur son île n’était pas un homme libre, mais un homme seul ! Notre destin est celui d’un peuple en marche, ancré dans son siècle, fier de ses racines, mais arrimé au monde. Nos liens avec les nouveaux pôles de croissance de la planète doivent s’intensifier. Tant il est vrai que la Suisse se grandit dans l’ouverture au monde et se consume dans le repli sur soi.

 

 Le manque de confiance dans la capacité du pays. A écouter ou à lire certains, la Suisse ne serait que renoncement, abandon, reculade ou abaissement. Les « déclinologues » de tous bords pullulent. Ils se trompent. Ils nous trompent. La Suisse n’a pas à raser les murs.

 

L’absence de grande ambition. La Suisse n’est véritablement elle-même que quand elle s’attèle aux grands défis de notre temps. Ainsi, notre pays doit porter la voix des sans-voix. Il doit s’engager sur la scène internationale, notamment dans la lutte contre la faim et les maladies dans le monde et la défense des libertés. Car notre prospérité comporte des devoirs.

 

En conclusion, je veux renouer avec mes propos du début.

Oui, la Suisse n’est pas seulement un espace, une expression géographique. Elle existe aussi et surtout par les valeurs qu’elle incarne, et elle se doit de les promouvoir avec constance : la démocratie, la justice et la liberté.

 

Vive Massongex ! Vive la Suisse, notre pays, notre patrie !

 

Léonard Bender, avocat

Commenter cet article