Après le « non » irlandais
La construction européenne est décidément un ouvrage fragile. Difficile en effet d’habiller sur mesure un corps européen en pleine croissance, et de trouver le bon équilibre entre les légitimes aspirations citoyennes, d’une part, et les intérêts nationaux, d’autre part. La contrariété irlandaise va probablement chambouler l’agenda prévu pour la ratification du « traité simplifié », mais elle ne devrait pas remettre en cause son adoption. Comme un clin d’œil de l’histoire, il appartiendra en premier lieu à la présidence française de l’UE - qui débute le 1er juillet 2008 – de trouver une issue à cet imbroglio. La diplomatie française possède une certaine expérience du sujet puisqu’il faut se rappeler que c’est suite au refus populaire de la France (et de la Hollande) de la Constitution européenne, en 2005, qu’avait dû être négocié un traité de substitution simplifié, à Lisbonne.
Quelles sont les causes de la mauvaise humeur irlandaise ? Pas aisé de poser un diagnostic, car dans ce genre de scrutin se mêlent immanquablement des sentiments variés, qui n’ont pas tous un rapport direct avec la question posée. Les motivations de politique intérieure y jouent un rôle. Lors du refus français, en 2005, par exemple, la peur du « plombier polonais » était très présente dans les débats. Il est vrai qu’avec un chômage de masse à 10 % (situation de 2005), ce genre de crainte, fût-elle infondée, peut hypothéquer le sort d’un tel référendum. Il n’en demeure pas moins que la construction européenne doit être, en permanence, soutenue par les citoyens. Si ces derniers ont le sentiment, à tort ou à raison, que l’Europe se fait sans eux, c’est déjà un échec.
La Suisse a la chance de connaître le régime de la démocratie directe. Même si je trouve dommageable le fait que le Parlement n’ait pas séparé formellement la question de la reconduction de celle de l’extension de la libre circulation - d’autant plus que les chances de succès dans les urnes étaient élevées - il faut saluer le mérite de notre système. En associant le peuple à chaque étape de l’aventure européenne, on contribue à forger une conscience politique ouverte à ces enjeux. Enfin, quand on interroge le peuple, il est recommandé de prendre en compte son avis. Alors, plutôt que de vouloir « punir » les Irlandais, il vaut mieux se demander où le bât blesse, et si ce n’est pas un déficit démocratique et « pédagogique » qui serait à l’origine de la déconvenue du 13 juin.
Léonard Bender
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