Mardi 15 juillet 2008

Bronislaw Geremek : un destin hors du commun

 

Les hommages se succèdent après la soudaine disparition de l’historien et homme politique polonais, victime d’un accident de voiture dimanche dans son pays. Il faut dire que cet éminent intellectuel a eu une vie hors du commun. Né à Varsovie en 1932, il survécut à la révolte du ghetto de la capitale alors que son père, rabbin, était livré aux bourreaux nazis à Auschwitz. Militant au parti communiste, il poursuit des études prestigieuses qui l’amenèrent à Paris. Spécialiste de l’histoire médiévale, il occupe les plus hautes fonctions académiques et donne un cours au célèbre Collège de France (1992-1993).

 

Les événements de 1968 (l’invasion de la Tchécoslovaquie) et l’orientation délibérément antisémite du pouvoir polonais le conduisent à la rupture. Il embrasse alors le combat des ouvriers et des syndicalistes catholiques, qui culminera avec les grandes grèves de Gdansk, en 1980, et avec la naissance de Solidarnosc. Le régime communiste, touché au flanc, ne s’en remettra pas,  même si l’état d’urgence décrété par le général Jaruzelski, en 1981, lui vaudra quelque répit. Après avoir connu les geôles communistes, il se retrouvera, vers la fin des années 80, au moment de la transition démocratique qu’il a accompagnée, à la tête de la diplomatie polonaise. Très engagé sur le plan européen, à la tête de l’OSCE, en qualité de député au parlement de Strasbourg – dont il faillit en devenir le président en 2004, obtenant un score tout à fait honorable - ou encore à la direction de la Fondation Jean Monnet, ce défenseur acharné des droits de l’homme possédait un rayonnement international.

 

Grand ami de la Suisse et francophile à l’immense culture, Bronislaw Geremek incarnait une époque. Celle qui a coïncidé avec l’avènement du nazisme et ses crimes abominables jusqu’à la victoire des Alliés. Celle aussi de l’après-guerre marquée par la division de l’Europe, négociée à Yalta. Puis, dès le début des années 80, celle de l’ébranlement du régime communiste, notamment en Pologne, avec une Eglise catholique et un Pape en première ligne. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin et l’adhésion à l’OTAN et à l’UE de la Pologne et de plusieurs pays de l’ex-Union soviétique. Dans cette Europe meurtrie et réconciliée, Bronislaw Geremek a tracé son sillon. Ce grand patriote mérite notre reconnaissance et notre profond respect.

 

Léonard Bender

 

 


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Lundi 7 juillet 2008

La seconde mort de Che Guevara

 

Pour une partie de la planète, le « Che » reste un symbole de la lutte contre l’impérialisme et les « méfaits du capitalisme ». La vie et l’œuvre, du leader révolutionnaire, devenu une icône, a été romancée à souhait. Alors que les autres chefs marxistes, Lénine, Staline, Mao, Ceausescu, etc.…, ont vu leurs statues déboulonnées, le guérillero à la « gueule d’ange » fait encore rêver, et suscite toujours l’admiration chez les jeunes socialistes, y compris ceux de notre pays. Et pourtant, au-delà du mythe, il y a l’homme réel « brutal, autoritaire, aux mains tachées du sang de nombreux innocents » (cf. l’Express, du 27 septembre 2007).

 

Le héros de la révolution cubaine est mort le 9 octobre 1967 dans un village de Bolivie. Il vient de mourir une seconde fois, le 2 juillet dernier, quelque part dans la jungle amazonienne. Ce mercredi, l’armée régulière colombienne a réussi une opération extraordinaire, qui pourrait sonner le glas du mouvement criminel des FARC, dont le trafic de drogue et les enlèvements contre rançons tiennent lieu d’ersatz idéologique. Ces rebelles marxistes, à l’organisation paranoïaque, viennent sans doute de recevoir un rude coup, même s’il serait abusif de les voir s’effondrer rapidement. On sait d’expérience que ces groupements, calqués sur les sectes, peuvent se raidir encore plus et devenir extrêmement dangereux dans la phase finale de leur agonie.

 

Lors de l’intervention pour délivrer Ingrid Betancourt et d’autres otages, aux apparences d’une fausse opération humanitaire, le commando de l’armée colombienne a déjoué la méfiance des FARC. Ces derniers avaient, en avril 2002, enlevé, dans les environs de Cali, plusieurs membres du Congrès en se travestissant en policiers colombiens. Par une belle ironie de l’histoire donc et un juste retour des choses, les FARC ont été dupées par un hélicoptère peint en rouge et blanc et par des membres d’une prétendue « ONG » vêtus de vestes blanches, et pour l’un d’entre eux d’un « tee-shirt à l’effigie de Che Guevara ». Et oui, pour les FARC, en présence d’un tel symbole, il ne pouvait avoir de place pour le soupçon. Avec le « Che », ils se sont sentis en confiance. Car, il est bien l’un des leurs : un révolutionnaire sans scrupules, sanguinaire, capable d’abattre un innocent de sang froid et à bout portant … « pour la cause ».

 

Léonard Bender


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Mardi 1 juillet 2008

La sécurité, première des libertés

 

Le thème de la sécurité trouve une grande résonance dans la population. A raison d’ailleurs, car la sécurité publique est la première de nos libertés. Le pacte social postule en effet le respect des personnes et des biens. Les libertés ont besoin de la sécurité pour s’épanouir. Un Etat de droit moderne doit donc assurer à tous le droit à la sécurité, à la tranquillité et à l’intégrité. Cette prestation majeure des pouvoirs publics fonde leur légitimité. La suprématie de la loi est un acquis de nos sociétés, et tout laxisme en matière de sécurité publique affaiblit l’autorité de l’Etat.

 

Dans notre pays le discours autour de la sécurité a revêtu, ces dernières années, une dimension démagogique assez grande. D’un côté,  ceux qui considèrent que le seul fait d’en parler ne sert qu’à alimenter les réserves électorales de certain parti. L’insécurité n’existerait pas, ne serait que pur phantasme. Ces milieux ne sont pas loin de penser que le capitalisme, par sa violence de classe, nourrit, seul, l’insécurité. De l’autre, nombreux sont ceux qui voient dans la répression la seule issue possible. Et ils ont souvent tendance à « externaliser » les causes de la violence, s’en prenant aux étrangers et procédant à de faciles amalgames. Ces milieux font grand bruit, mais rechignent à être jugés sur actes !

 

Entre ces deux attitudes, il y a place pour un discours ferme et responsable, juste et cohérent, rationnel et prospectif. Ce discours engagé, la famille libérale doit l’assumer pleinement. D’autant que près de la moitié des magistrats en charge de la sécurité publique dans nos cantons est issue de ses rangs. La « Task force » libérale-radicale présidée par la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro a précisément vocation à incarner cette approche moderne de la sécurité publique, qui ne renie pas nos valeurs humanistes, mais se montre sans faiblesse devant les fauteurs de troubles. Cette politique repose sur trois piliers : la prévention, en développant les mesures d’intégration ; la dissuasion, en renforçant les dispositifs légaux, en particulier pour les récidivistes ; la répression, par la rapidité de la sanction notamment. Nous attendons avec impatience le résultat des travaux de cette « Task force », dans quelques mois.

 

Léonard Bender


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Mercredi 25 juin 2008

Sarkozy à la Knesset : un discours de haute tenue

 

C’est un discours d’une très haute tenue que vient de prononcer le président français devant la Knesset à l’occasion de sa visite d’Etat en Israël. Les membres du parlement hébreu ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en accueillant les propos présidentiels par un tonnerre d’applaudissements. Qu’a dit en substance Nicolas Sarkozy aux Israéliens ?

 

D’abord que la culture française a été enrichie par le judaïsme et que les Pères fondateurs d’Israël étaient plutôt francophiles. Ces deux nations ont d’ailleurs choisi le chemin de la liberté et de la démocratie. L’universalisme français rejoignant les valeurs profondes qui ont guidé et consacré la naissance de l’Etat israélien, après une histoire où se mêlèrent exils, persécutions et promesses sacrées. Il est vrai que « la fondation de l’Etat juif dans le pays d’Israël » restera l’une des plus grandes et dramatiques épopées de l’histoire humaine. Un Etat « à la fois national et tourné vers l’universel ».

 

Ensuite, le chef de l’Etat a insisté sur le fait que le combat contre le terrorisme restait une lutte commune des nations libres et démocratiques. Qu’il était vain de vouloir comprendre le terrorisme, car « le terrorisme ne s’explique pas. Le terrorisme ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! ». Ces paroles devraient être répercutées sans cesse tant il est vrai que face à la pieuvre terroriste semble régner parfois une certaine naïveté, aussi affligeante que préoccupante. Ces mouvements criminels ne visent rien d’autre que l’anéantissement de notre culture et de notre mode de vie.

 

Enfin, le locataire de d’Elysée a rappelé, parlant en ami, les droits des Palestiniens. La nécessité pour ce peuple valeureux de pouvoir disposer d’un Etat souverain. La paix ne pourra s’installer durablement que lorsque chacun aura le sentiment que justice lui sera rendue et que les rapports de voisinage seront fondés sur le droit et « non plus sur la force ». Les juifs, les chrétiens et les musulmans, issus de la même terre proche-orientale, pourraient se retrouver autour d’une ambition commune. C’est tout le mérite et la vocation du projet d’Union méditerranéenne porté par Nicolas Sarkozy et qui pourrait bien devenir le catalyseur d’un processus de paix fécond dans cette partie du monde.

 

Léonard Bender

 

 


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Lundi 16 juin 2008

Après le « non » irlandais

 

La construction européenne est décidément un ouvrage fragile. Difficile en effet d’habiller sur mesure un corps européen en pleine croissance, et de trouver le bon équilibre entre les légitimes aspirations citoyennes, d’une part, et les  intérêts nationaux, d’autre part. La contrariété irlandaise va probablement chambouler l’agenda prévu pour la ratification du « traité simplifié », mais elle ne devrait pas remettre en cause son adoption. Comme un clin d’œil de l’histoire, il appartiendra en premier lieu à la présidence française de l’UE - qui débute le 1er juillet 2008 – de trouver une issue à cet imbroglio. La diplomatie française possède une certaine expérience du sujet puisqu’il faut se rappeler que c’est suite au refus populaire de la France (et de la Hollande) de la Constitution européenne, en 2005, qu’avait dû être négocié un traité de substitution simplifié, à Lisbonne.

 

Quelles sont les causes de la mauvaise humeur irlandaise ? Pas aisé de poser un diagnostic, car dans ce genre de scrutin se mêlent immanquablement des sentiments variés, qui n’ont pas tous un rapport direct avec la question posée. Les motivations de politique intérieure y jouent un rôle. Lors du refus français, en  2005, par exemple, la peur du « plombier polonais » était très présente dans les débats. Il est vrai qu’avec un chômage de masse à 10 % (situation de 2005), ce genre de crainte, fût-elle infondée, peut hypothéquer le sort d’un tel référendum. Il n’en demeure pas moins que la construction européenne doit être, en permanence, soutenue par les citoyens. Si ces derniers ont le sentiment, à tort ou à raison, que l’Europe se fait sans eux, c’est déjà un échec.

 

La Suisse a la chance de connaître le régime de la démocratie directe. Même si je trouve dommageable le fait que le Parlement n’ait pas séparé formellement la question de la reconduction de celle de l’extension de la libre circulation - d’autant plus que les chances de succès dans les urnes étaient élevées - il faut saluer le mérite de notre système. En associant le peuple à chaque étape de l’aventure européenne, on contribue à forger une conscience politique ouverte à ces enjeux. Enfin, quand on interroge le peuple, il est recommandé de prendre en compte son avis. Alors, plutôt que de vouloir « punir » les Irlandais, il vaut mieux se demander où le bât blesse, et si ce n’est pas un déficit démocratique et « pédagogique » qui serait à l’origine de la déconvenue du 13 juin.

 

Léonard Bender


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