Bronislaw Geremek : un destin hors du commun
Les hommages se succèdent après la soudaine disparition de l’historien et homme politique polonais, victime d’un accident de voiture dimanche dans son pays. Il faut dire que cet éminent intellectuel a eu une vie hors du commun. Né à Varsovie en 1932, il survécut à la révolte du ghetto de la capitale alors que son père, rabbin, était livré aux bourreaux nazis à Auschwitz. Militant au parti communiste, il poursuit des études prestigieuses qui l’amenèrent à Paris. Spécialiste de l’histoire médiévale, il occupe les plus hautes fonctions académiques et donne un cours au célèbre Collège de France (1992-1993).
Les événements de 1968 (l’invasion de la Tchécoslovaquie) et l’orientation délibérément antisémite du pouvoir polonais le conduisent à la rupture. Il embrasse alors le combat des ouvriers et des syndicalistes catholiques, qui culminera avec les grandes grèves de Gdansk, en 1980, et avec la naissance de Solidarnosc. Le régime communiste, touché au flanc, ne s’en remettra pas, même si l’état d’urgence décrété par le général Jaruzelski, en 1981, lui vaudra quelque répit. Après avoir connu les geôles communistes, il se retrouvera, vers la fin des années 80, au moment de la transition démocratique qu’il a accompagnée, à la tête de la diplomatie polonaise. Très engagé sur le plan européen, à la tête de l’OSCE, en qualité de député au parlement de Strasbourg – dont il faillit en devenir le président en 2004, obtenant un score tout à fait honorable - ou encore à la direction de la Fondation Jean Monnet, ce défenseur acharné des droits de l’homme possédait un rayonnement international.
Grand ami de la Suisse et francophile à l’immense culture, Bronislaw Geremek incarnait une époque. Celle qui a coïncidé avec l’avènement du nazisme et ses crimes abominables jusqu’à la victoire des Alliés. Celle aussi de l’après-guerre marquée par la division de l’Europe, négociée à Yalta. Puis, dès le début des années 80, celle de l’ébranlement du régime communiste, notamment en Pologne, avec une Eglise catholique et un Pape en première ligne. Jusqu’à la chute du Mur de Berlin et l’adhésion à l’OTAN et à l’UE de la Pologne et de plusieurs pays de l’ex-Union soviétique. Dans cette Europe meurtrie et réconciliée, Bronislaw Geremek a tracé son sillon. Ce grand patriote mérite notre reconnaissance et notre profond respect.
Léonard Bender
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