Dernier billet de l’année
J’aurai pu intituler ma rubrique « dernier article de l’année ». Mais j’ai pensé que « billet » était plus indiqué, en cette période de crise financière ! A ce propos, j’ai regardé avec intérêt l’interview du patron de la Banque Nationale Suisse (BNS), Jean-Pierre Roth, à la TSR, dimanche dernier. Le langage est précis, le mot choisi, les phrases courtes. C’est sans doute un point commun aux patrons des Banques Centrales. Leurs déclarations ont un tel impact sur les marchés financiers que leurs propos sont calculés au millimètre. J’admire les personnes qui s’expriment de la sorte.
Pouvoir être clair en peu de mots. Pouvoir être compris en allant directement à l’essentiel. Un art, que peu nombreux pratiquent avec bonheur. En Suisse, c’est le cas, par exemple, de Darius Rochebin, dont le talent n’est plus à démontrer. Ou encore, dans le monde politique, de Pierre-Yves Maillard, Antonio Hodgers, Christophe Darbellay, Michel Halperin, Jacqueline De Quattro, Pierre Maudet, Yvan Perrin, ou encore Marcel Maurer. Ce dernier doit sans doute une bonne part de son succès électoral à son empathie, laquelle se manifeste aussi dans sa manière de parler. De bonnes dispositions oratoires sont précieuses dans la sphère politique, même si elles ne font pas tout. Car la forme a ses limites, et le fond reste capital. Mais si vous voulez faire passer une idée, encore faut-il être entendu. Et l’écoute ne se décrète pas, elle se conquiert !
J’ai souvent remarqué que les bons orateurs savaient bien gérer le silence avant la prise de parole. Un moment important, même s’il n’est parfois que de l’ordre de la fraction de seconde. Le grand avocat, Thierry Lévy, va même jusqu’à dire que le silence est un élément « substantiel » de la parole. Ajoutant cette remarque : « Il est présent tout au long du discours, entre chaque phrase, et même entre chaque mot. Il y a des instants de silence qui semblent imperceptibles mais qui sont réels. Et ce qu’il y a de commun, d’intime entre l’orateur et l’auditoire, c’est précisément le silence auquel et l’un et l’autre ne cessent de se rattacher, comme si le silence était une sorte de réservoir dans lequel ils pourraient puiser à l’infini tout ce dont ont besoin les uns et les autres pour se comprendre, pour se juger ». Je saisis maintenant mieux pourquoi Montaigne disait que la parole était « moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l’écoute ». Bonne fêtes de fin d’année et rendez-vous en 2009 !
Léonard Bender
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